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Alors que les vacances se terminent et que la semaine parisienne de la mode se profile déjà, il m'a paru interessant de revenir sur la collection Printemps-Eté 2010 de Franck Sorbier. De retour sur les podiums en ce début d'année, il a présenté chez Sotheby's un incroyable défilé Haute Couture centré sur les figures marquantes du théâtre tragique.
Et pour ce retour, le couturier ne semble pas être supersticieux puisqu'il a présenté treize tenues entièrements noires et chacune portant le nom d'une héroïne tragique. Il semble toutefois s'éxorciser avec l'ultime pièce, la robe de mariée - elle totalement blanche - et ainsi se protéger de la malédiction de ces quatorze femmes.
Franck Sorbier fait parti de ces couturiers discrets, travailleurs, inspirés et totalement passionnés. Et cette passion est lisible tout au long du défilé avec des tenues semblant venir d'un autre temps. L'ambiance était d'ailleurs irréelle, à mi-chemin entre le défilé haute-couture, la représentation théâtrale et la peinture puisqu'au bout de passage dans la foule, les mannequins allaient se figer une à une au milieu d'un tableau époustouflant.
Ce tableau final était l'hommage du couturier aux femmes tragiques qui ont ponctué l'histoire de la Littérature et de la Mythologie. Ainsi passaient la Médée de Pasolini, la Bérénice de Racine ou encore la Lucrèce Borgia de Victor Hugo, tantôt le regard sombre, tantôt l'oeil malicieux telles des spectres réunies comme dans un songe.
Franck Sorbier a su contenir la puissance et l'aura de ces héroïnes pour les retranscire dans son travail.Tout en respectant la mélancolie de certaines et l'impuissance face au destin des autres, il a transformé ces héroïnes en femme fatales, terriblement sensuelles, définitivement mystérieuses. Ce sont bien treize soleils noirs qui ont été présentées lors de ce défilé.
Yerma
Les tenues présentées sont dans l'ensemble épurées mais dernière cette simplicité apparente se cache un travail et une sophistication titanesques. Pour exemple, 650 pièces ont été assemblées à la main pour réaliser le fourreau amphore et son étole en moucharabieh de shantung de soie et de Lurex, tenue de Yerma.
Iphigénie
Iphigénie portait une robe de cocktail en georgette de soie noire avec devant un drapé sur médaillon ovale rebrodé de queue de rat et un dos libre à la française version fluide. La parure de front en éléments d'orfévrerie ont été réalise avec la maison Richard.
Lucrèce Borgia
La robe bustier de l'héroïne de Victor Hugo, réalisée en mousseline de soie compressée, bouillonée et drapée en falbala a nécessité pas moins de 190 mètres de mousseline et 14 000 mètres de fil.

Isabelle Tartière a dessiné pour Ondine (à gauche) une longue robe-bustier composée de 72 "lamelles algues" en organza satin de soie picotées à la machine et découpées à la main, robe qui apparait comme l'une des plus belles pièces du défilé. Phèdre (à droite) est vêtue d'un long fourreau à traîne avec un voile en georgette de soie noire effilochés à la main.
Dernière présentée, la robe de mariée, contrastant avec le reste de la collection. Cette longue robe Empire blanche était portée par la Juliette de Shakespeare qui venait compléter le théâtre idéal de Franck Sorbier.
La Fausse Innocence est la neuvième collection Haute Couture de Christophe Josse présentée en ouverture de la semaine de la mode à Paris, le 5 Juillet 2010. Le créateur a voulu des femmes aux tailles prises, aux épaules volumineuses "montée en souffle" et à la poitrine mise en valeur. Ces modèles, aux allures 1900, font allusion aux silouhettes de L'innocent de Luchino Visconti. Ce film, sorti en 1976 dont l'action se déroule à la fin du XIXème siècle en Italie,est une adaptation du roman éponyme de Gabriele D'Annuzio.
Mais Christophe Josse prévient qu'il s'agit d'une fausse "Innocence" car si son inspiration trouve sa source dans les vêtement de la Belle Epoque, les lignes, les détails sont définitivement actuels. Il a voulu des robes souffle, légères dont le volume découle de la "main" cassante et voluptueuse des étoffes.
Il signe donc une collection rendant hommage à la sensualité de Laura Antonelli mais dont la modernité, qui est une caractéristique de la cliente Christophe Josse, rappelle la liberté d'Eleonora Duse, la maîtresse de Gabriele d'Annunzio.
Les vestes plus contemporaines révèlent une épaule légèrement pagode, affirmée mais pas hyperbolique.
L'influence viscontienne se retrouve dans l'opluence des tenues ainsi que dans la densité et la richesse des tissus. "J’avais envie de quelque chose de plus dense, plus présent pour mieux mettre en valeur la légèreté de la forme" confiait-il en coulisses.
Mes deux pièces préférées :
Six maisons possèdent le statut de "Haute Joaillerie" - attribué par la Chambre Syndicale de la Couture : Boucheron, Chanel Joaillerie, Chaumet, Dior Joaillerie, Mellerio dits Meller et Van Cleef & Arpels. Depuis deux ans, la présentation des nouvelles collections a pris un tournant puisque désormais elle est intégrée dans le calendrier des défilés Haute Couture. Ansi après celle qui a eu lieu à Paris du 5 au 7 Juillet 2010, la journée du 8 Juillet a été le jour de présentation des nouvelles collections joaillières.
Celle de Van Cleef & Arpels a eu lieu Place Vendôme, dans les salons, et a été mise en scène par Alfredo Arias. Pour cette nouvelle collection, la maison s'est inspirée des Voyages extraordinaires de Jules Verne !
Les pièces sont regroupées en quatre catégories dont chacune reprend le nom d'un roman : Cinq semaines en ballon, Vingt mille lieues sous les mers, De la terre à la lune et Voyage au centre de la terre. Les couleurs des pièces sont celles des élements - l'eau, la terre, le feu - de la faune et de la flore. Ces dernières invitent au rêve et à la poésie. On voyage à travers un monde fantastique peuplé de créatures et de lieux que l'on rencontre chez Jules Verne.

Clip "Méduse Lune" en or blanc, diamants, opale et perles de cultures de couleurs et tailles différentes
et clip "Baleine Bleue" en or blanc serti de saphirs, nacre blanche, diamants blancs et gris
de la collection "Vingt milles lieues sous la mer".
Boucles d'oreilles "Voyage au centre de la terre" en or blanc serties de saphirs violets, diamants jaunes et blancs.

Clip en or blanc serti de lapis-lazuli et diamants
et collier en or blanc serti d'opale noire, de saphirs et diamants
de la collection "De la terre à la lune".

Motifs d'oreilles en or blanc, sertis de grenats tsavorites, spessartites et démantoïdes, émeraudes et diamants
et motifs d'oreilles sertis de rubellites gravées, boules d'émeraude et diamants
de la collection "Cinq semaines en ballons".
Il y a deux semaines est décédé Nicolas Hayek, ex-président du groupe Swatch. Cet homme, à qui on doit aussi la voiture Smart, a réussi par sa volonté à faire renaître le secteur de la Haute Horlogerie, secteur qui avait été menacé par l'arrivée des montres à quartz du type Casio.
L'Horlogerie, plus qu'un secteur industriel, est un art puisqu'il consiste à faire entrer dans un boîte extrêmement fin parfois plus de 500 pièces. Chaque modèle demande des années de développement. Chaque pièce demande des ingénieurs, des ciseleurs, des designers, parfois des peintres et surtout des mois de travail.Cet art est relativement ancien puisque les première grandes manufactures datent de la moitié du XVIIIème. Nicolas Hayek avait regroupé sous le groupe Swatch des dizaines de marques dont la plus mythique est Bréguet.
Louis-Abraham Bréguet fonde sa manufacture en 1775. Il sera l'un des horlogers les plus productifs, déposant brevets après brevets et travaillant pour des clients prestigieux ( Marie-Antoinette, Napoléon ... ). Malheureusement le XXème siècle ringardise cette mécanique dont les montres peuvent avoir une imprecision de 15 minutes par an. Ce sera Nicolas Hayek qui, par sa passion et l'immense travail qu'il offrira, qui remettra au goût du jour cet manufacture. Aujourd'hui qu'il nous a quitté, Breguet, à l'image du secteur, est à son apogée tant dans le style que dans la créativité.
Le mythe de cette marque a très vite dépassé les frontières de l'Horlogerie ou du code vestimentaire. La montre Breguet est devenu le détail d'un mode de vie ce qui n'a échappé à nombre d'écrivains. La Littérature regorge d'extraits citant un modèle de chez Breguet ce qui a grandement contribué au mythe. D'ailleurs la manufacture ne s'y est pas trompée et elle utilise cette aura littéraire dans sa communication. En effet, depuis plusieurs années, il est possible de voir des publicités contenant des extraits de Balzac ou bien Pouchkine :
On pourra trouver comme autres extraits :
"Un coeur parfois trompe et se désabonne.
Qui veille à raison. Dieu, ce grand Breguet,
Fit la confiance, et, la trouvant bonne,
l'améliora par un peu de guet."
Chansons des Rues et des Bois, Victor Hugo
"Mon frère a laissé à sa famille une montre qui, autre sa valeur intrinsèque en or, a le prix de son ancienneté. Elle a été achetée pour cent francs par mon grand-père Bastien Lafour en 1804, chez Breguet le grand horloger de l'époque."
La montre en or, Max Jacob
"L'une comme l'autre étaient en effet des montres à répétition Breguet, merveilleusement précises, étonnament résistantes ..."
Blue at the Mizzen, Patrick O'Brian
"Breguet fait une montre qui, pendant vingt ans, ne se dérange pas, et la misérable machine à travers laquelle nous vivrons se dérange et produit la douleur au moins une fois la semaine."
Rome, Naples et Florence, Stendhal
"Il tira la plus délicieuse montre plate que Breguet ait faite. Tiens, mais il est onze heures, j'ai été matinal."
Eugénie Grandet, Honoré de Balzac
"La montre de Danglars, chef-d'oeuvre de Breguet, qu'il avait remontée avec soin la veille avant de se mettre en route, sonna cinq heures et demie du matin."
Le Comte de Monte Cristo, Alexandre Dumas
"Quant aux 'tocantes', (...) leurs tictacs donnaient vie à ses appartements. Il advint que, me prenant à mentionner un soir qu'elles (...) manifestaient des signes poussifs, le lendemain matin, on livra un petit bijou Leroy, (...) et un autre, couvert de perles, signé Breguet."
La Foire aux Vanités, William Makepeace Thackeray
"Je n'ai pas permis qu'on me fouille, uniquement parce que j'avais, dans ma poche, une Breguet exactement semblable à celle du Comte Olkhovsky, et qui me venait de mon défunt grand-père."
Tempus ex machina, Alexandre Ivanovitch Kouprine
"Le voyageur se repent d'avoir pris autant d'argent sur lui. Il regarde l'heure à sa montre Breguet qu'il croit consulter pour la dernière fois. Il serait bien heureux de la savoir tranquillement pendue à sa cheminée de Paris."
Lettre d'Espagne, Prosper Mérimée
"Il sort sa montre, une Breguet (...) un instrument sorti des mains du meilleur des horlogers."
La maîtresse du lieutenant français, John Fowles
Merci encore à Mr Hayek pour avoir, tout au long de sa vie, redonné ses lettres de noblesse à l'Horlogerie et d'avoir participé au mythe Breguet.
Actualité oblige, j'ajoute directement une nouvelle partie du documentaire sur l'infatigable Karl Lagerfeld qui une fois de plus nous surprend en se faisant rédacteur en chef du journal Libération. Moi qui ne lis pas ce journal (et qui n'en lis aucun puisque j'ai pas les moyens !) je l'ai tout de même acheté après avoir vu la une qui est très prometteuse.
On y voit un autoportrait du couturier. A l'intérieur, il parle de lui, sème quelques anecdotes mais surtout, il donne son avis sur l'actualité, sur l'air du temps car comme il le dit dans le documentaire : " Je suis témoin de mon temps, et mon temps c'est plusieurs temps". Dans cette cinquième partie, il revient sur ses parents, sur Coco Chanel. Il parle de l'image qu'il a d'elle et comment il a reprit la maison. La partie continue sur un soliloque de Mme Chanel sur les genoux ! et termine sur une discussion dans l'atelier de la rue Cambon.